photographe poitiers tours la rochelle
2 décembre 2017

Le terrain favorable en photographie…

...comme dirait ma femme, c'est du Columbo !

Je vous assure qu’il ne s’agit pas d’un mensonge et je vais tergiverser là-dessus même si chacun peut se faire son avis complètement faux, confortablement assis dans son terrain favorable. Pour ma part, il m’est impossible de m’investir à fond si je travaille sans réfléchir.

La semaine dernière, ma femme avait oublié d’éteindre la télévision et je reconnus la voix de l’inspecteur Columbo, personnage principal d’une vieille série policière. Sans m’en rendre compte, je me retrouvai devant l’écran à enchaîner plusieurs épisodes, cloué au canapé.

Quel rapport avec la photo ?

Aucun, bien sûr, suis-je bête, aucun ! Mais je vais vous en parler encore un peu si vous le permettez. Vous êtes tellement aimables, m’sieur dame, veuillez m’excuser de vous faire perdre votre temps mais si vous aviez cinq minutes je vous serais vraiment reconnaissant. Ah ! Merci beaucoup m’sieur dame, allez je fais vite…

Comme vous le savez sûrement mieux que moi, Columbo est un inspecteur redoutable sous une apparence nigaude. Un vieil imperméable sur son dos voûté, une voiture qui part en lambeaux et des confessions agaçantes sur sa femme font croire qu’il n’est pas de taille à résoudre une affaire de meurtre.

Tout cela est cultivé, bien sûr. L’inspecteur Columbo sait que la vérité émerge toujours d’un terrain favorable. Donc, patient jardinier, il rend favorable le terrain du coupable, le laissant jouer avec lui jusqu’à ce qu’il commette l’erreur qui le confondra. Notez qu’il y a autour de lui d’autres policiers auxquels il apporte toujours un élément qu’ils n’avaient pas remarqué ou un lien qu’ils n’avaient pas fait. Sa vision marginale dépasse les académismes.

Oui mais quel rapport avec la photo ?

Le terrain favorable.

Comme Columbo, j’aime créer un terrain favorable, m’affranchir des codes pour voir différemment, apporter une nouvelle lumière sur les choses. Toutes proportions gardées bien entendu !

Je prendrai l’exemple d’un travail réalisé pour un artiste de musique folk qui voulait des images à utiliser pour son album. Au cours de l’après midi de prise de vue, je lui proposais des choses, des pistes d’investigation. Lui, tout en étant coopératif, usait d’ironie, marquant sa défiance. Je me creusais la tête. J’aurais pu utiliser l’abécédaire de la “photo pour artiste folk” mais cela ne m’aurait en rien différencié du policier scolaire qui regarde brièvement la scène de crime et conclut au suicide sans se soucier des conséquences.

On se rendit sur des collines surplombant la ville pour profiter du coucher de soleil. Cela permit de rompre avec l’ambiance de la Cité où l’artiste avait toutes ses habitudes, ce qui entravait le lâcher prise. Soudain il se confia :

  • Tu sais, Jules, autant je peux animer une conférence pour un employeur, une association, devant 500 personnes, autant quand il s’agit de moi je suis pétrifié…
  • C’est bien d’en parler. Pour l’identité visuelle, tu m’as donné « carte blanche » comme si tu voulais que ton oeuvre ne soit plus la tienne pour pouvoir enfin l’assumer.
  • Oh putain…

Et il se livra, son passé, ses blocages, ses rêves. Libéré. Quelques mois plus tard, il me dit que cette expérience avait influencé la suite de son projet. Effectivement le côté « quête identitaire » est pleinement assumé sur la pochette par un kaléidoscope en noir et blanc à colorier.

Une dernière chose avant de vous laisser, m’sieur dame, vous permettez que je vous quitte en poésie ? Ma femme m’a toujours trouvé nul mais j’aimerais vous en écrire deux mots pour avoir votre avis :  

Tandis que Columbo met l’âme sombre à l’ombre, j’écris d’une lumière qui rend leurs ailes aux colombes

Bien sûr, c’est une phrase que vous pouvez vous approprier, hein, sinon ça voudrait dire que je perds complètement la boule… parfois on écrit d’ces trucs, on s’demande bien pourquoi… Merci pour votre patience, m’sieur dame…

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Et la colombe découvrit qu'elle pouvait voler

L’ombre chinoise détaille la silhouette sans rien dévoiler du sujet ce qui universalise le message. On peut aisément se reconnaître dans cette posture de marionnette qui se laisse confortablement guider vers le bas, dans la chaleur presque effacée d’un soleil fatigué, comme l’être.

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